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Humoriste Rachid Badouri
(AFP)
— Rachid Badouri est un jeune humoriste bourré de talent, ces deux prix remportés à ce jour en sont la preuve (prix Révélation du Festival Juste pour rire 2005, l’Olivier de la Découverte de l’année en 2006). Rachid Badouri lance cette année son premier one man show qui sera le reflet de sa personnalité : éclaté, dynamique et surprenant. Un humoriste charismatique qui saura captiver.
Depuis, ce Lavallois d'origine berbère, découverte du gala Les Olivier de 2006, chouchou des médias et du public, héros de la communauté maghrébine qui le voit comme un Gad Elmaleh québécois, va de succès en succès. Le voilà maintenant qui s'apprête à roder son premier spectacle solo tout l'été à Magog avant de conquérir Montréal puis l'Olympia de Paris. Portrait d'un hyperactif qui a pourtant hésité longtemps avant de passer à l'action. Installé sur la banquette d'un café au coeur de la Petite-Italie, son MacBook à portée de main, une casquette gavroche vissée sur son crâne lisse, Rachid Badouri me raconte sa vie en long, en large et en détails. Il a beau n'avoir que 30 ans, il a vécu une dizaine de vies, a fait le tour du monde grâce à Air Transat, chez qui il fut agent de bord pendant cinq ans avant de tout plaquer pour faire carrière chez Future Shop. D'ailleurs, s'il n'avait pas écouté la petite voix intérieure qui lui chuchotait de tenter sa chance sur scène, Rachid Badouri serait sans doute aujourd'hui gérant des ventes chez Toyota Lexus à Laval. Ce qui est marquant chez cet humoriste aussi verbomoteur que gestuel et physique, c'est évidemment son talent, son timing, son sens du geste tranchant comme du punch qui tue. Mais c'est aussi le hiatus de dix ans dans son C.V., une sorte de long détour entre le cégep, qu'il n'a jamais terminé, et la scène, qu'il a longtemps fuie, de peur sans doute de ne pas être à la hauteur. Rachid se rappelle encore cet orienteur au cégep Montmorency qui lui avait conseillé d'aller s'enfarger dans les fleurs du tapis. Arrête de gaspiller ton temps et ton argent ici et va te trouver, avait lancé l'orienteur à la boule d'énergie confuse et agitée devant lui. À l'époque, Rachid avait déjà rasé tous ses cheveux. Pourquoi? "Parce que je me chicanais trop avec mes cheveux. Dans ma période gino, j'avais les cheveux longs. Je passais plus d'heures dans la salle de bains à mettre du gel et tout le kit qu'une fille. Un jour, dans le garage d'un chum, j'ai pris un rasoir et j'ai réglé ça une fois pour toutes!" S'il avait réglé la question des cheveux, il n'avait pas pour autant réglé la question autrement plus délicate de sa vie et de son avenir. Le rêve de faire de la scène était précisément cela: un rêve qu'il ne croyait pas pouvoir réaliser. "Parce que je ne connaissais personne dans le milieu. Parce que l'École de l'humour venait à peine d'ouvrir ses portes et que je ne me voyais pas annoncer à mes parents, pour qui l'éducation est la chose la plus importante au monde, que j'avais lâché mes études pour faire de l'humour. Ça ne faisait pas sérieux." Religion et politique Né de parents immigrants d'origine berbère arrivés au Québec à la fin des années 60 sans parler un mot de français, Rachid est un pur produit de la classe moyenne. Son père a commencé comme magasinier aux pièces automobiles avant de racheter le garage où il travaillait. Rachid et ses deux soeurs aînées ont grandi à Laval et semblent s'être parfaitement intégrés à la culture québécoise sans pour autant sacrifier leur propre culture. Chez les Badouri, on parle un français appris en regardant TV5 et on mange de la bouffe traditionnelle marocaine. Pour ce qui est de la religion, si les parents sont musulmans, le mystère le plus complet règne sur les convictions religieuses de leur fils. Pour tout dire, la religion est un sujet tabou dont il refuse catégoriquement de discuter. "La religion, j'en parle pas, ni dans mes shows ni en entrevue. C'est une question personnelle qui ne concerne que moi", tranche-t-il. Idem pour la question des accommodements raisonnables. Il commence par affirmer qu'il n'a aucune opinion sur le sujet. Puis à force de se faire cuisiner, il concède qu'il a une opinion mais qu'il ne veut pas la partager parce que quoi qu'il pense, cela ne changera rien à rien. "De toute façon, je me suis juré de ne jamais parler de ça parce que trasher sur le monde, je ne suis pas capable." L'ironie de ce refus, c'est qu'en juillet prochain, Rachid va animer un spectacle sur les accommodements raisonnables, Le show raisonnable, dans le cadre du festival Juste pour rire, mais plaide que son rôle se limitera à présenter les humoristes québécois d'origines ethniques diverses. La religion écartée, les accommodements raisonnables balayés, reste la politique. À ce sujet, Rachid est un brin plus bavard. "La politique, je ne crois pas à ça. J'ai jamais voté de ma vie ou plutôt j'annule mon vote à chaque élection. Je suis anti-politique, anti-extrémiste, anti-toutte! Quant à la souveraineté, je m'en fous, des deux bords. Je m'en fous si ça arrive. Je m'en fous si ça n'arrive pas." Dans le monde de Rachid, il ne semble en fin de compte avoir de la place que pour l'humour et pour le showbusiness. En même temps, sa vision de cet univers où les vedettes sont traitées comme des rois capricieux est très morale. Il espère ne jamais succomber aux trop nombreuses tentations du métier et ne jamais perdre de vue les vraies valeurs que sont pour lui le travail, la modestie et la spiritualité. Il revient constamment avec cette histoire de voix qui le hantait et qu'il faisait taire. "Cette voix, dit-il, c'est comme un instinct qui te dit quoi faire et si je ne l'écoutais pas, c'est probablement par peur de prendre une décision qui allait changer le cours de ma vie. Moi, en plus, je suis le genre de gars qui se dit que si à 30 ans, j'ai pas fait telle affaire, je suis un loser. Bref, je me mets beaucoup de pression sur les épaules et des fois, ça m'empêche d'avancer."
Un petit miracle Refusant d'écouter sa voix déraisonnable, Rachid a donc été agent de bord chez Air Transat. Il n'a connu qu'un seul incident dans un vol entre Calgary et Vancouver où la turbulence a fait paniquer tout le monde, sauf le futur comique, qui a usé de ses talents pour détendre l'atmosphère. Au bout de cinq ans, il plaque le monde de l'aviation pour celui de l'électronique. Gérant de la section audio-vidéo au Future Shop d'Anjou, il organise tous les samedis soir des spectacles dans la cafétéria du magasin avec les employés. Une fois de plus, il fait craquer tout le monde avec ses gags et ses imitations de Michael Jackson. Et pour arrondir ses fins de mois qui ne sont pourtant pas misérables, il crée une petite agence d'animation pour les mariages. Et puis, un jour en 2004, la voix devient tellement forte que Rachid décide de faire le grand saut. Il abandonne son plan de carrière chez Future Shop tout en continuant à travailler deux jours semaine au magasin de Mascouche. Il court faire la queue devant Radio-Canada pour être recruté comme comédien dans Virginie. "J'ai attendu quatre heures à -40C et juste comme ça allait être mon tour, Fabienne (Larouche) est sortie pour dire que c'était fini. Chez ses parents, il se bidouille un C.V. et un DVD dont il tire 100 exemplaires, pratiquement faits à la main. Il donne les quarante premiers à son ex-agent, Jean Beaulne. Pour ce qui est des soixante autres, il va les porter en mains propres partout en ville, depuis MétéoMédia jusqu'à MusiquePlus en passant par toutes les radios et le siège social de Juste pour rire. Personne ne répondra à ses appels. Certains lui interdiront carrément l'accès à leur édifice tellement il les aura achalés. Mais un petit miracle se produira tout de même grâce à une intervention quasi divine. "Ce qui s'est passé, c'est que mon DVD s'est retrouvé sur le bureau du comptable à Juste pour rire. Ne me demandez pas ce qu'il faisait là, je l'ai jamais su. Il était au sommet d'une pile de DVD qui s'est écroulée par terre juste au moment où Constance Rozon s'en allait manger son sandwich. En attendant le fracas, Constance est entrée dans le bureau et a ramassé mon DVD et comme elle trouvait la pochette amusante, sur un coup de tête, elle a décidé de le regarder en mangeant son sandwich. C'est ainsi que tout a commencé." Pas la grosse tête Rachid a passé une première audition au studio Juste pour rire dans une salle qu'il avait "paquetée" avec les 75 membres de sa famille élargie. Il a été immédiatement repêché pour faire partie du gala de Louis-José Houde. Une étoile venait de naître. Mais une étoile prudente dont le premier réflexe a été s'associer à la personne en qui il avait le plus confiance: Steve Rasier, le fils du meilleur ami de son père, avec qui il a grandi et qu'il considère comme son cousin. "La première chose que Steve m'a dite c'est: je veux pas gérer ta carrière ni ton talent. Ton talent, j'y peux rien. C'est ton affaire. En revanche, je veux gérer ta vie. Je veux t'aider à travailler sur toi-même et faire en sorte que tu ne tombes pas dans tous les pièges de la gloire, du succès et du fric. J'ai trouvé ça très sage. Aujourd'hui, dès que Steve voit que ma tête a grossi du moindre centimètre, il arrive avec une aiguille et il pète ma balloune et ça me fait le plus grand bien." Autant dire que Steve va devoir s'armer d'une boîte complète d'aiguilles cette année. En plus d'animer le Show raisonnable, de participer au gala de Marc Labrèche et de former un trio avec Michel Boujenah et Dominique Michel, son protégé va présenter Arrête ton cinéma, son premier spectacle solo, avant de s'envoler vers la France pour faire à l'Olympia la première partie d'un humoriste français très connu. Mais une chose semble déjà assurée: si Rachid Badouri casse quelque chose cette fois, ça ne sera pas le gala ni le party. Ça sera la baraque.